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les métamorphes

Les trois sculptures qui composent les métamorphes forment un ensemble de corps en transition. Elles interrogent l’instant où un corps quitte un état pour en embrasser un autre. La sculpture n’est pas un objet figé mais un prolongement : un espace d’altération, de construction et de mutation.

la demande, la danse et tirésias proposent des corps relationnels, façonnés comme des «images obliques»1 déviantes, déséquilibrées mais affranchis. L’identité queer est posée comme une «identité désessentialisée et purement positionnelle»2 accueillant tous les corps invisibilisés, des personnes transgenres aux personnes amputées.

Ces œuvres convoquent à la fois les identités marginalisées et l’héritage des statues grecques : des figures qui rompent leurs entraves pour se mettre en mouvement et briser la “ligatio“, ce pouvoir paralysant qui opère dans toute image.3. Même fatigué·e, fracturé·e ou incomplet·e, se relever, s’étreindre et persister deviennent des mouvements de résistance et de présence.

Réalisée en bois de palettes, les oeuvres transforment le rebut en chair et font de la précarité une force symbolique. L’usage de matériaux de récupération engage une réflexion sur les cycles, les restes et les devenirs, à la croisée d’enjeux écologiques et politiques.

Le travail de facettes, de courbes et de torsions matérialise la performativité et la pluralité dans la matière elle-même, entre puissance, fragilité et déséquilibre. «Structuré comme une ossature mais d’aspect lisse et doux comme une enveloppe de peau, le bois de la sculpture synthétise l’impossible alliance des os et de la chair.» 4

La création se conçoit comme espace/temps évolutif : modules et éléments peuvent être activés, reconfigurés ou ajustés selon les lieux, à différentes échelles. Corps et sculpture deviennent des territoires vivants, traversés, instables et profondément humains.

«Me voilà prêt à dire la façon dont des corps se sont transformés en d’autres corps.».
Ovide, Les Métamorphoses, 8 ap. J.-C.

Les métamorphes Maquette sculptures

la danse

La métamorphose apparaît autant comme nécessité vitale qu’acte de résistance : celui d’exister dans un espace, dans la fluidité de nos corps queer et dans leurs mouvements. Voir des corps mais ne pas être assuré·e qu’il s’agit de corps et ne pas savoir de quels corps il s’agit.

Dans la danse s’inscrivent les fractures et les déséquilibres. Dans un entre-deux précaires – entre-trois, entre-quatre?- un nouveau corps s’impose, incomplet et pourtant issu de la répétition et du nombre ; comme un processus toujours en train de se faire, de se défaire et de se réinventer pour résister.

Chaque point de vue révèle une lecture différente, affirmant que l’identité n’est jamais fixe mais mouvante et relative au regard et au jugement que l’on pose dessus. La danse comme espace d’action et de résistance pour faire corps et les faire exister.

Comme attiré par axe dont la verticalité vacille, un axe caché à la vue du monde, les sexes se rejoignent et les identités tournent le dos à la société qui les refuse. Les points d’appui ne sont pas encore stables, ils sont brisés, amputés. Mais à plusieurs, collectivement, l’ensemble tient debout et tente de s’extraire. En tout cas il s’élève. Attiré par une force dont la puissance le dépasse, ses séparations et reconciliations nous dominent. L’idée que l’on se fait trace des limites invisibles.

La Danse Métamorphes Sculpture monumentale croquis de recherche
la danse / croquis de recherche
Les Métamorphes maquette La Danse

la demande

la demande / croquis de recherche

Ce sont peut-être deux morceaux de corps, autant liés que tenus dans une même intention. C’est une étreinte serrée faite de volumes à la fois massifs, instables, organiques, sphériques, solides et légers. Deux bustes qui évoquent l’hybridation de la forme, de la chair et de la pensée.

Entre naissance, ralliement et gémellité émerge une forme qui refuse les normes et les assignations définitives : une entité en mue, activée de l’intérieur.

Car je voulais rentrer dans son corps. Entre fusion et extraction, de manière presque globulaire, la forme posée allie deux forces en pleine recomposition morphologique.

Dans ce baiser qui uni la matière, c’est autant Brancusi que Superman qui inspirent le mouvement. L’enroulement, la caresse et la force évoquent autant la lutte que le plaisir, l’amour et le deuil. Il s’agit de combiner un «propos politique et une esthétique poétique», d’interroger la masculinité dans la puissance de la tendresse.

Ce n’est pas par légèreté qu’on dirait qu’iels se soulèvent et dansent : iels se protègent du monde extérieur. Iels ne nous regardent pas mais leur présence infecte l’espace comme une demande légitime, intime et collective d’être respecté·e.

Les métamorphes Dessins La Demande

tirésias

tirésias

Au temps de Sophocle, Tirésias était le seul mortel à avoir connu «la métamorphose sexuelle».

Contre la puissance divine dominante, contre les assignations, je propose le transerval et le sensible d’une autre réalité des corps.

Dans une démarche de révision des notions de verticalité et d’horizontalité et de leurs symboliques politiques, le principe du retournement de Baselitz, inspire la rotation et appuie la volonté d’ambiguité et de lisibilité du sujet. Après avoir été tournée, la verticalité est étendue et devient lascive. Autour de cette horizontalité, s’enroulant, s’accrochant, s’interpénétrant, une forme se répète et se modifie d’elle-même. Dessus, dessous, membres, genres et corps s’abstraient des injonctions formelles. La forme épouse le sol, la terre ou s’en extirpe.

En posture d’odalisque mais qui ne se laisse contraindre, la forme semble se refléter, telle Narcisse, tel un miroir qui nous rappelle sans cesse ce que nous ne sommes pas.

Le corps est dysphorique mais rêvé. Il devient possible, possédé, personnel, au-delà des normes : prophétique.

tirésias
metamorphes Mesures
ali métamorphes sculptures
Ali, installation, 2020

épisode meta

La construction du corps queer passe souvent par la reconstruction. À l’image d’un corps fragmenté cherchant à se rassembler, son identité interroge : comment se construire en dehors des normes.

A la croisée de l’écologie et des pensées queer — telles que développées notamment par CY Lecerf Maulpoix — cette recherche envisage le corps comme un écosystème instable, traversé par des flux, des dépendances et des transformations.

Ce résidence fonctionne comme un laboratoire d’expérimentation de formes sculpturales et de représentation des corps. Les métamorphoses qui s’y déploient naissent de métissages et de confluences. Le projet de recherche a vocation à évoluer au file du temps et des rencontres humaines, ainsi qu’au contact des lieux de création. Cette résidence pourrait s’intituler épisode 1 meta.

Un travail de collaboration sera engagé avec des structures du champ médico-social, du handicap et du handisport. En allant à la rencontre d’autres personnes concernées*, il s’agira d’imaginer avec elles des prothèses hybrides, chimères de bois,  exosquelettes autant qu’abattits ; sculptures de substitution, entre membres fantômes, presque archéologiques et réparations bancales.

Dans l’immobilité des objets se fixeront les mouvements humains et individuels.