sam·e
A travers une pratique queer de la sculpture et de la peinture,
Samuel Perche cherche à déconstruire la virilité héroïque
et à interroger politiquement les corps et leurs représentations.
Iel signe désormais sous le pseudonyme de sam·e
« Déplacer la masculinité du registre de la domination vers celui de la sensibilité : mon travail engage le corps comme lieu de conflit, de mémoire et de résistance. En utilisant les codes de la virilité et de la monumentalité, je cherche à dérégler la lisibilité d’un régime politique de représentation pour donner à voir des corps situés, vibrants et émancipés. »
Gender landscape I. II. III
Les Étreintes
Ces deux corps enlacés, suspendus entre passion et perte, évoquent à la fois l’abandon amoureux et la Piéta. Ils rappellent que «le personnel est politique» lorsqu’il accède à l’espace public. La fragmentation géométrique rompt avec la douceur académique : les figures semblent reconstruites, à l’image d’identités façonnées par l’histoire. Ici, le corps est assemblage, performance de la matière et pratique répétée. Le corps, comme «fiction politique vivante» apparaît comme une construction méticuleuse et assumée.
Réalisée en bois de palettes, l’œuvre transforme le rebut en chair et fait de la précarité une force symbolique.
Les Étreintes érige l’amour queer en monument.
De 2020 à 2025, de l’île de La Réunion jusqu’à la Bretagne, la série de peintures NO·MAN·MEN explore une morphologie du masculin et s’attaque au mythe du mâle triomphant et conquérant. À la frontière du fantasme, du réel, de l’esthétique et du politique, les peintures sont pensées comme des sculptures ou des images défaillantes, issues de photographies ratées, de fragments visuels intimes, parfois dissimulés sur l’écran d’un téléphone : des images marginales circulant hors des cadres dominants de légitimation.
Ali
Sculpter l’indicible
Aude-Emmanuelle Hoareau, 2017 Philosophe (1978-2017)
Comment raconter une histoire tragique et complexe, en une seule figure ? Comment contenir dans la matière la puissance du désir et la trame d’une vie humaine ? Samuel Perche répond à ces défis par un travail de sculpture qui nous présente, de manière assez figurative, un homme étendu sur le dos, jambe pliée, inspiré d’une photographie d’un migrant mort en mer, réalisée par Aris Messinis.
Pour le philosophe Giorgio Agamben, les légendaires statues grecques qui rompent leurs entraves pour commencer à se mouvoir, brisent une « ligatio », un pouvoir paralysant qui est à l’œuvre dans toute image. Ils rendent à l’image la liberté du geste. Comme ici où l’image est celle d’un mouvement du corps tout entier, qui se cambre et s’offre à l’infini du ciel, entre l’extase et la mort prochaine, presque certaine ou déjà advenue. Nous avons affaire à un geste au sens large du terme, à l’intention d’un mouvement qui ne se laisse pas enfermer. L’homme en bois est trop grand pour être entièrement consumé par l’appétit créateur du sculpteur ou dévoré par l’œil du public. Par son échelle et son inspiration antique, il nous amène à regarder au-delà, vers les mythes grecs, en direction d’une destinée épique avec laquelle se confond celle des réfugiés d’aujourd’hui, qui prennent la mer pour accomplir leur destin et finissent souvent, en martyrs des flots.
David
