NO·MAN·MEN

2020/2025

Depuis 2020, depuis l’île de La Réunion, la série de peintures NO·MAN·MEN explore une morphologie du masculin et s’attaque au mythe du mâle triomphant et conquérant. À la frontière du fantasme, du réel, de l’esthétique et du politique, les peintures sont pensées comme des sculptures ou des images défaillantes, issues de photographies ratées, de fragments visuels intimes, parfois dissimulés sur l’écran d’un téléphone : des images marginales circulant hors des cadres dominants de légitimation.

En la regenrant, la formule de Monique Wittig devient «les gays ne sont pas des hommes.» Il s’agit de rappeler que cette “catégorie“ est une construction politique située est excluante pour certain d’entre nous qui y sommes rattachés.

Comme l’analyse Josch Hoenes, certaines images normatives de la masculinité — notamment la figure du bodybuilder — peuvent produire des identifications «positives»1 en rendant des subjectivités marginalisées socialement lisibles.

Le corps raconte alors une autre manière de vivre, proche de la «totale liberté» et de la dimension physique et poétique de l’existence revendiquée par Pasolini ou photographiée par Mapplethorpe. Le corps pédé devient sujet, il crée «un autre réel où l’enculé prend le pouvoir en remplaçant l’objet phobique imaginaire par son double esthétique.» 2

1 Josch Hoenes, Cahier du Genre, Body Images and Formations of Trans Men, Université Carl von Ossietzky d’Oldenburg, 2014 : «L’inscription dans une norme masculine reconnaissable – notamment à travers la figure du bodybuilder – peut produire des formes d’identification dites “positives“ pour certaines subjectivités transgenres, en rendant leurs existences socialement lisibles et donc vivables.Toutefois, cette lisibilité repose sur l’adhésion à un idéal historiquement situé : celui de la masculinité blanche, jeune, saine, disciplinée, construite contre le féminin et la vulnérabilité.»

2 Isabelle Alfonsi, Pour une esthétique de l’émancipation: construire les lignées d’un art queer, B42, 2019